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Publié le 17 septembre, 2008

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Métro : l’intégralité du chat de Denis Baupin du 17 septembre

Denis Baupin, Adjoint au Maire de Paris, chargé du développement durable et président du club des villes cyclables a répondu à toutes les questions des metronautes sur la mobilité.
Denis Baupin


Luce : Bonjour. Comment faire pour donner plus de place aux vélos dans la ville ?
Le meilleur système et le plus facile, c’est de réduire la vitesse de circulation automobile. Dès qu’on est dans des zones 30 (vitesse limitée à 30 km/h) la cohabitation est sécurisée avec les véhicules automobiles. Si on ne peut obtenir le passage à 30km/h, ou sur des grands axes, il faut alors des aménagements cyclables (pistes, couloirs de bus élargis, etc.). Reste la question des carrefours et des grandes places qui est toujours plus complexe et où il faut organiser des cheminements les plus sécurisés possibles.

Nora : Les Parisiens utilisent beaucoup le métro et le Vélib. Il faudrait faire plus de pistes cyclables entre Paris et la proche Banlieue et étendre Vélib. Qu’en pensez-vous ?
Parfaitement d’accord. Mais ne pas penser uniquement liaisons entre Paris et la banlieue : il faut aussi traiter les déplacements de banlieue à banlieue, et développer vélib en couronne en conséquence, en coordination avec le réseau de transport collectif.

Nikita : Comptez-vous rejoindre le nouveau parti des verts emmené Daniel Cohn Bendit?
Je suis déjà membre de ce parti depuis près de 20 ans ! Comme Dany d’ailleurs. Et je suis à fond d’accord avec lui pour dépasser cette organisation dans quelque chose de plus vaste, qui nous permette de sortir de la crise de croissance des Verts, qui nous a empêchés d’occuper correctement notre espace politique depuis de nombreuses années.

Joana : Des centres villes entièrement piétons d’ici quelques années… Pensez-vous qu’on puisse vraiment y arriver?
On a déjà des larges plateaux piétonniers. Avec les Halles, Beaubourg et Montorgueil, Paris a par exemple le plus vaste plateau piétonnier d’Europe (coupé par quelques grands axes, il est vrai). Mais il faut aussi reconnaître que des progrès doivent être faits sur la façon de faire vivre ces espaces, notamment pour ceux qui y travaillent et y habitent, sur l’entretien de l’espace, la propreté, les livraisons. On manque d’un vrai code de la rue, d’une charte de vie de ces quartiers, qui permettent de résoudre les difficultés spécifiques à ces espaces.

Joana : Bonjour. Compensez-vous vos émissions quand vous prenez l’avion?
Je prends très peu l’avion. Je vais le faire pour aller à Tokyo dans quelques semaines pour une conférence internationale sur le dérèglement climatique, et j’ai bien conscience de ce que ça a de contradictoire. Je vais compenser, mais j’ai un regard mitigé sur la compensation carbone : ça ne peut pas être une excuse à faire n’importe quoi et à ne rien changer.
Toutes les études prouvent que même si le cycliste fait plus d’efforts que l’automobiliste, donc respire plus d’air, il subit malgré tout moins de pollution que dans l’habitacle.

France : On parlait de changer le code de la route pour les vélos pour rendre leur utilisation plus pratique (sens interdits, etc.) ? Où en est-on ? Que changerait-il vraiment?
On a déjà obtenu des victoires passées inaperçues au milieu de l’été. Jusque là, quand une rue était interdite dans un sens, cela s’appliquait automatiquement aux vélos… sauf exception. Dorénavant, dans les rues à 30 km/h, ce sera l’inverse : elle sera autorisée à double sens pour les vélos… sauf exception. On inverse la charge de la preuve. Les villes ont jusqu’à 2010 pour se mettre en conformité. Je suis très heureux de cette victoire pour laquelle le Club des Villes Cyclables, que je préside, s’est beaucoup battu. Il reste encore beaucoup à faire malgré tout : tourner à droite, diminution du nombre de feux dans la ville, suppression de l’angle mort pour les camions, trottoirs traversants, etc.

Emilien : Dans combien de villes de France y a-t-il des vélos en libre service ?

Une douzaine environ. Mais ça augmente très vite, ce qui est une excellente nouvelle. Et de très nombreuses villes à l’étranger s’y mettent aussi. Un réseau international des villes à système de vélos partagés s’est mis en place, qui nous permet d’échanger les meilleures expériences.

Petite_fleur : En tant qu’utilisatrice du vélo, je constate que les automobilistes ne sont pas toujours très bienveillants vis-à-vis des cyclistes. Cela décourage beaucoup de personnes. Que peut-on faire contre ces incivilités ?
Etre le plus nombreux possible. Plus il y a de cyclistes, plus les automobilistes adaptent leur comportement. Et puis il faut que les décideurs de ce pays se décident enfin à envoyer des messages positifs sur l’usage du vélo, arrêtent de considérer le déplacement automobile comme la norme, et incitent les plus dangereux (les véhicules motorisés) à respecter les plus vulnérables (piétons et cyclistes). Ca fait des années qu’on demande des aides fiscales (du type bonus) pour l’achat d’un vélo : ça serait intéressant d’un point de vue économique, mais aussi symbolique.

Caro : Pour rouler en vélo, il faut moins de voitures, c’est tout ! Que fait la ville de Paris pour aller dans ce sens ?

Pendant le mandat municipal précédent, nous avons réduit de 20% la circulation automobile, en partageant l’espace qui lui était consacré pour en redonner aux piétons, cyclistes et transports collectifs. La ville post pétrole que nous devons inventer ne peut être une ville sans mobilité. C’est pour cela qu’il faut offrir de nouveaux services de mobilité (transports collectifs, vélib, auto partage, navettes fluviales) qui permettent de se passer de la voiture individuelle.

Hortense : Est-il vrai qu’à vélo, on respire en moyenne six fois plus de volume d’air qu’à pieds. Six fois plus donc d’air pollué…

Je ne connais pas les chiffres exacts. Ce qui est certain, c’est que nulle part en ville on n’échappe à la pollution. Mais l’endroit, de loin, le plus pollué est l’intérieur de l’automobile. Et toutes les études prouvent que même si le cycliste fait plus d’efforts que l’automobiliste, donc respire plus d’air, il subit malgré tout moins de pollution que dans l’habitacle.

John : Pourquoi ne parle t’on jamais de la pollution à l’intérieur du métro et surtout du RER?

On en parle un peu plus. Elle n’est pas du même ordre. Ce sont surtout des particules fines. Et il est nécessaire que la RATP fasse des efforts elle aussi pour la réduire.

Christine : L’aide au transport que le gouvernement va instaurer s’applique aux trajets en voiture et aux abonnements aux transports en commun. Et l’achat d’un vélo ? Ou d’un scooter électrique ? L’aide au transport ne pourrait-elle pas être aussi une incitation à une mobilité plus propre (vélo, covoiturage) ?
Vous avez parfaitement raison. Excusez moi de parler encore du Club des Villes Cyclables, mais depuis plusieurs années nous préconisons en effet d’étendre le chèque transport à tous les modes alternatifs à la voiture en solo. Il est regrettable que le projet actuel soit aussi peu imaginatif. Espérons que les parlementaires le seront un peu plus.

Portichon : Savez-vous combien il y a de blessés sur des Velib’ chaque mois ? Est-ce que le chiffre baisse à mesure que les automobilistes et les cyclistes se familiarisent ?
Je n’ai pas de chiffres précis. Ce que je peux vous dire c’est que les chiffres d’accidents à vélib sont en proportion les mêmes que ceux à vélo « normal » (et à Lyon on a pu vérifier la tendance sur une durée plus longue) et surtout que les deux courbes baissent : plus il y a de vélos et de Vélib, moins il y a d’accidents.

fabi78 : C’est bien sympa de parler vélo quand on habite en ville, mais ceux qui habitent en banlieue n’ont souvent d’autre choix que de prendre leur voiture. Comment faire quand on habite à 8km de son bureau ?
C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a des dizaines de milliers de personnes otages de leur voiture, à cause d’un aménagement du territoire stupide qui a organisé un étalement urbain qui rend dépendant de la voiture. C’est d’ailleurs pour cela que les écologistes soutiennent le projet de schéma directeur de la région Ile-de-France (combattu par Sarkozy) qui stoppe l’étalement urbain. Sans attendre cette solution de moyen terme, pour ceux qui comme vous habitent loin de leur bureau, il faut favoriser la possibilité de se rendre à la gare la plus proche de chez vous (en voiture ou en vélo), pouvoir y stationner gratuitement votre véhicule en sécurité, et qu’il y ait suffisamment de transports collectifs qui desservent la gare. On n’arrivera pas à résoudre pour autant 100% des problèmes. Mais la question n’est pas de supprimer la voiture, juste d’essayer, autant que possible, de pouvoir s’en passer pour réduire nos consommations et les pollutions.

Rosa : Il semble que le projet de Grenelle II va autoriser les villes à instaurer des péages urbains. Ne risque-t-on pas avec de telles mesures de créer un fossé entre centre ville et banlieue ?
C’est un risque. C’est pour cela qu’à Paris nous ne sommes pas favorables à un péage urbain de ce type « à la londonienne ». Par contre, appliquer le principe pollueur payeur peut se faire différemment, par exemple en rendant les autoroutes payantes en Ile-de-France, comme c’est le cas sur le reste du territoire. Et ce sera d’autant plus pédagogique si le tarif est proportionnel au niveau de pollution du véhicule. Ce n’est évidemment acceptable que si ça permet de financer le développement des transports collectifs, afin de donner le choix à l’usager.

Alvire : Un rapport récemment publié par l’Agence européenne pour l’environnement a révélé que les transports demeuraient la seule grande source d’émissions d’oxydes d’azote (NOx) et la deuxième source d’émissions de particules fines (PM10 et PM2.5)… Alors certes, il faut prendre le vélo. Mais quid de la toute la pollution qu’on se prend dans la figure?

J’ai déjà en partie répondu : vous en prendrez certes une partie dans la figure, mais moins que si vous êtes en voiture. Et surtout vous contribuerez à diminuer la pollution globale. Plus on est nombreux à le faire, et moins chacun respirera de pollution.

Alternatif : Moi, je voudrais bien acheter un vélo électrique, mais ça coûte trop cher ! Existe-t-il des aides pour acheter ce type de vélo ?

Hélas non. C’est pour cela que je propose d’étendre le mécanisme du bonus / malus au vélo (qu’il soit électrique ou pas d’ailleurs). Pour l’instant JL Borloo ne m’a pas répondu.

Portichon : Vous-mêmes, vous utilisez votre vélo perso ou des Velib ?

Pour être honnête, j’utilise surtout le métro, car je travaille aussi pendant mes temps de transport (mais j’y perds en activité physique ! chacun ses contradictions). Mais quand je suis à vélo, je prends vélib car c’est bien plus pratique pour un usager occasionnel comme moi.

Greg : Le télétravail, c’est une solution pour une mobilité plus propre? les collectivités se penchent-elles sur cette possibilité ? Cela fait-il partie des plans d’aménagement des villes ? Si non, au nom de quels obstacles ?
C’est en effet une piste pour diminuer les déplacements contraints. Même s’il ne faut pas non plus tomber dans l’excès et ne plus avoir de relations humaines ! S’il y a un domaine dans lequel il faut prioritairement le développer, c’est évidemment l’international : plus on fera de visio conférences, moins on aura besoin de vols intercontinentaux extrêmement consommateurs de pétrole et émetteurs de gaz à effet de serre.

Ecolo99 : Vous parlez beaucoup de Paris mais de nombreuses villes en France, Bordeaux notamment, offre depuis longtemps des services de prêt de vélo gratuit. Quelles initiatives vous semblent les plus pertinentes? Ne peut-on envisager des vélos gratuits comme aux Pays bas?

Tous ces systèmes sont complémentaires. Actuellement les vélos en libre service semblent rencontrer un plus grand succès du fait de la facilité d’usage. Mais il y a un public différent pour le prêt de vélos, notamment à la demi-journée, à la journée, à la semaine, voire à l’année.

Cortisone : Pourquoi n’y a-t-il pas de vélo type velib, velov, etc. avec des sièges enfants ? Quand on est parent, on doit prendre le bus, le métro ou le taxi ?

Je pense que la deuxième génération de vélos partagés devra en effet répondre à cette question. Mais elle est complexe, car si on veut un service efficace, ça suppose quasiment que tous les vélos aient un siège enfant. En attendant, il reste tout de même la possibilité d’avoir son propre vélo !

Plume : Que pensez-vous de l’essor des vélos taxis? Pourquoi ne pas soutenir cette initiative de façon plus concrète?
Il y a sûrement un espace en effet pour ce type de service, même si je ne suis pas certain qu’il soit considérable.

Inès: Cette semaine de la mobilité, concrètement ça sert à quoi? Tout le monde sait qu’il vaut mieux prendre les transports en commun… surtout au prix de l’essence.

J’aimerais tant que vous ayez raison ! Mais d’une part, les études montrent qu’il continue d’y avoir des gens qui préfèrent prendre la voiture plutôt que les transports collectifs alors qu’ils mettraient moins de temps en transports collectifs. Et cette manifestation a aussi pour but de sensibiliser les pouvoirs publics, notamment l’Etat, pour qu’ils aident au développement de ces transports, notamment en les finançant. On ne peut pas faire le Grenelle de l’Environnement et ne pas mettre un euro dans les transports publics en Ile-de-France.

Prêchi: Votre avis sur le Grenelle II? Pouvez-vous ébruiter les prochaines directives?

Il ne vous aura sans doute pas échappé que je ne suis ni au gouvernement, ni proche de ce gouvernement, même s’il m’arrive de penser que certaines initiatives vont dans le bon sens. Ce qui m’inquiète malgré tout, c’est d’avoir le sentiment qu’à côté de ces quelques initiatives, continue le rouleau compresseur du « business as usual » pour construire des autoroutes, des aéroports, des centrales nucléaires, autoriser des OGM, etc. comme si tout ce que nous disent les scientifiques sur le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources pétrolières et des matières premières, la destruction de la biodiversité, etc. n’était pas pris au sérieux. Or, ils le disent tous, il nous reste très peu de temps pour réagir !

Merci beaucoup à vous tous pour ces questions et interventions très constructives. Ce fut un moment de débat très intéressant.

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